Chateau rioublanc

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7ème année de culture de vignes en bio : un premier bilan.

Chaque printemps est promesse d'une nouvelle récolte... d'une nouvelle bataille !

Nous voici déjà dans la 7ème campagne de culture biologique de notre vignoble, il est temps de faire un premier bilan.

En engageant la totalité de notre production dans une certification en vins biologiques, je me doutais que nous allions au devant de difficultés. Je m'y étais préparé, j'avais d'abord pris soin de m'assurer l'adhésion de l'équipe. Tout le monde était partant, certain(e)s vraiment impatients de commencer la conversion en bio. On se doutait bien qu'on perdait un certain confort de travail, mais l'enthousiasme pour un mode de production "sain" l'emportait.

Par chance nous avons commencé par 3 années "faciles" (2009, 2010 et 2011). Cela nous a conforté dans notre démarche bio. Avec une pluviométrie faible, le mildiou est facile à contenir, et l'herbe repousse moins vite. C'était si simple que j'avais imaginé qu'on pouvait maîtriser l'enherbement entre les ceps uniquement au rotofil. Quant au mildiou, 3kg de cuivre suffisaient pour en venir à bout (sur les 6kg autorisés).

2012 nous a ramené à la réalité. Bordeaux bénéficie d'un climat océanique de façade Ouest. C'est fou comme l'herbe apprécie les printemps humides. Après 3 années au rotofil, il a fallu, se rendre à l'évidence, cela ne suffisait pas. Nous avons complété par des lames interceps qui font un labour superficiel et complète le travail "aérien" du rotofil. La combinaison de ces 2 outils, se révèle parfaite : le rotofil permet de différer les opérations de travail du sol. Ceci limite l'érosion et préserve la faune du sol (vers de terre...). Le travail du sol peu fréquent est bénéfique car il aére la terre et repousse les racines de la vigne en profondeur.

Si nous avions défini dès 2012 une stratégie efficace de lutte contre les adventices (les "mauvaises herbes"), il n'en a pas été de même pour le mildiou. 2013 nous a mis à genou.

2013 a été une année horrible : un printemps pourri, un automne pourri. A cause de la pluie et du froid, la floraison a été catastrophique, dès la fin juin nous savions que nous aurions une petite récolte. Mais la pluie non contente de détruire nos fleurs a introduit le mildiou... Et le botrytis en a profité pour ravager le peu qui restait...

Résultat, pour la première fois, nous ne produirons aucune bouteille de Bordeaux rouge 2013. Ce qui après une année de travail est catastrophique. Heureusement, nos stocks de 2009 et 2010 étaient là pour nous remonter le moral...

Alors faut-il conclure que produire du vin bio est trop difficile à Bordeaux ? Non ! Car c'est dans l'adversité qu'on apprend le plus : Dès 2014 nous avons généralisé l'effeuillage manuel sur tout le vignoble (avant nous ne le pratiquions que pour les blancs). Cette technique, certes coûteuse,  favorise la maturité de raisins sains, notamment sur sol argilo-limoneux. D'autre part, nous avons bien affiné notre stratégie de lutte contre le mildiou.

J'espère que nous ne revivrons jamais une année aussi difficile que 2013, mais si cela devait arriver nous serions plus fort pour l'affronter. Et je crois pouvoir dire, aussi fort que si nous étions encore en conventionnel. Et peut-être même mieux.

Car l'intérêt viticole du bio, c'est de créer un "écosystème" favorable au bon développement de la vigne. Ainsi des traitements légers suffisent à assurer une belle récolte ; les raisins sont sains tout en ayant reçu le minimum de traitement. C'est à cette condition que l'on va produire un vrai vin de terroir, le contraire d'un vin technologique.

Enfin, coté santé, depuis que nous sommes passés en bio, la recherche avance : les pesticides de synthèses, surtout en mélange, sont dangereux pour la santé. Et le désherbant vedette, le Roundup de Monsanto (glyphosate) est maintenant suspecté de favoriser le cancer.

Alors, oui, produire du vin bio c'est plus difficile... mais c'est bien plus intéressant... pour nous vignerons, mais aussi pour vous amateurs de bons vins...